Trouble d’hyperphagie boulimique : Entretien avec une patiente

Le trouble d’hyperphagie boulimique : le début de l’histoire de Tiffany

Tiffany a constaté que son trouble d’hyperphagie boulimique est apparu à un jeune âge.

Avec le recul, Tiffany* a constaté que son trouble d’hyperphagie boulimique est apparu pendant son enfance. Comme elle a fait de la gymnastique à un jeune âge, elle était musclée et solidement bâtie. Elle a commencé à être extrêmement sensible aux commentaires de ses pairs et très gênée par son apparence physique. La consommation d’une grande quantité de nourriture lui procurait une consolation temporaire.

Dominée par un désir de se sentir rassasiée et de trouver réconfort et satisfaction dans ce rassasiement, Tiffany consommait rapidement une très grande quantité de nourriture. Elle recherchait la sensation de plénitude qu’un estomac plein lui procurait, sans même se rendre compte des aliments ni de la quantité de nourriture qu’elle ingérait. Pendant ces épisodes, c’était comme si elle était affamée et n’avait pas mangé depuis des jours. Elle ressentait un grand besoin d’aliments riches en gras et en glucides; elle se gavait donc de fromage, de pâtes, de pizza et de pain pour combler le vide.

Cependant, après la montée suit toujours la descente. Peu après l’épisode d’accès hyperphagique, des sentiments intenses de culpabilité, de honte et d’insatisfaction avec son corps l’envahissaient. Au fil du temps, ces sentiments ont sapé son estime de soi.

Au fur et à mesure qu’elle vieillissait, ses symptômes se sont aggravés et ses épisodes d’hyperphagie boulimique sont devenus plus fréquents. Une fois rendue à l’université, elle avait des épisodes tous les jours et pesait 95 kg. Elle détestait son corps en tout temps, et les épisodes d’accès hyperphagique ne faisaient qu’amplifier cette aversion. Le stress causé par ses sentiments, ajouté au stress de ses études universitaires, ne faisait qu’augmenter son désir de manger de manière excessive. Un cercle vicieux s’est installé. Pendant ses épisodes d’hyperphagie boulimique extrême, Tiffany pouvait manger une pizza de 40 cm en aussi peu que 10 minutes. Souvent, elle s’installait dans son lit, seule, et se recouvrait avec sa couverture pour se sentir en sécurité.

Tiffany n’a pas compris la cause de ses symptômes avant d’avoir presque terminé ses études universitaires. Aux prises avec d’autres problèmes de santé mentale chroniques (trouble anxieux généralisé grave et dépression), Tiffany attribuait son hyperphagie boulimique à son anxiété. Elle a fait ce lien après avoir constaté que les épisodes étaient plus fréquents quand elle était stressée; elle a décrit son comportement comme « réconfortant ».

*Tiffany, dont le nom a été changé pour protéger sa vie privée, est une Canadienne au début de la vingtaine qui poursuit actuellement des études de médecine. Elle espère que, une fois médecin, elle pourra faire de la sensibilisation, en plus d’aider de nombreuses autres personnes à surmonter leurs problèmes de santé générale et mentale, y compris le trouble d’hyperphagie boulimique.

Le trouble d’hyperphagie boulimique et la vie sociale de Tiffany

Le trouble d’hyperphagie boulimique a eu des répercussions sur les sphères sociale, universitaire et mentale de la vie de Tiffany.

Tiffany* explique que le trouble d’hyperphagie boulimique a eu des répercussions sur plusieurs aspects de sa vie. La sphère la plus touchée a été sa vie sociale. Quand elle sortait en ville avec ses copines le samedi soir, elle se sentait dévorée par sa laideur. Elle changeait de vêtements plusieurs fois et n’était jamais satisfaite. En outre, avant même le début de la soirée, elle se pesait à de nombreuses reprises. Quand enfin elle retrouvait ses amies, sa soirée était déjà gâchée par les pensées négatives qui lui trottaient dans la tête depuis des heures.

Le trouble d’hyperphagie boulimique rendait Tiffany extrêmement sensible à chaque chose qu’elle mangeait quand elle était avec ses pairs; en outre, elle s’inquiétait terriblement de l’opinion des autres à son sujet quand elle mangeait. L’idée d’être jugée en fonction des aliments ou des boissons qu’elle consommait la terrifiait tellement qu’elle touchait à peine à sa nourriture. Pendant ce temps-là, elle était assaillie de pensées au sujet de la joie que se gaver lui apporterait une fois de nouveau seule. De retour à la maison, le désir impérieux de manger pour enfouir sa douleur était irrésistible.

De plus, Tiffany comparait tout le temps son corps et sa façon de penser à ceux des personnes de son entourage, que ce soit ses amis ou sa famille, voire de parfaits étrangers. Elle voulait changer afin de maîtriser sa consommation de nourriture.

Sur le plan des études, le stress engendré par le contexte social et ses excès de nourriture s’ajoutait au stress normal des études universitaires; elle avait beaucoup de difficulté à continuer d’avoir de bonnes notes.

Au fil des ans, Tiffany a essayé plusieurs régimes alimentaires pour contrer les effets physiques de l'hyperphagie boulimique. Chacun se terminait par un échec, et Tiffany retrouvait chaque fois le cercle vicieux des excès de nourriture et de l’autodépréciation.

*Tiffany, dont le nom a été changé pour protéger sa vie privée, est une Canadienne au début de la vingtaine qui poursuit actuellement des études de médecine. Elle espère que, une fois médecin, elle pourra faire de la sensibilisation, en plus d’aider de nombreuses autres personnes à surmonter leurs problèmes de santé générale et mentale, y compris le trouble d’hyperphagie boulimique.

Le trouble d’hyperphagie boulimique et le réseau de soutien proche de Tiffany

Le trouble d’hyperphagie boulimique avait des répercussions négatives non seulement sur Tiffany, mais aussi sur son entourage.

Avant son diagnostic, Tiffany* faisait de son mieux pour cacher les symptômes de son trouble d’hyperphagie boulimique à ses amies, mais elle se doutait que ces dernières avaient remarqué qu’elle évitait de sortir, surtout quand c’était pour acheter des vêtements.

Les seules personnes qui étaient au courant de son trouble d’hyperphagie boulimique étaient ses parents et son petit ami.

Tiffany avait une relation étroite avec ses parents. Son père, un psychiatre, l’a toujours soutenue et lui a enseigné à prendre conscience de ses propres sentiments et à demander de l’aide. Ses parents détestaient voir Tiffany souffrir et ils ont fait tout leur possible pour l’aider, mais la guérison ne pouvait venir que d’elle.

Tiffany et son copain étaient également proches l’un de l’autre, et leur relation était fondée sur la confiance. Avant d’apprendre qu’elle souffrait du trouble d’hyperphagie boulimique, Tiffany lui faisait souvent part de ses sentiments négatifs envers son corps. Il tentait de la rassurer du mieux qu’il le pouvait, mais il se sentait frustré parce qu’il ne comprenait pas pourquoi elle se sentait de la sorte.

Un jour, elle est allée chercher de l’aide. Tiffany a dit que la chose la plus difficile a été d’admettre qu’elle avait un problème. Après avoir abordé ses autres problèmes de santé, les symptômes de son trouble d’hyperphagie boulimique sont passés au premier plan. Elle ne pouvait plus les attribuer à autre chose. Malgré ses connaissances sur la santé mentale, Tiffany n’avait jamais entendu parler du trouble d’hyperphagie boulimique avant son diagnostic.

Le psychiatre de Tiffany était bien informé sur le sujet et faisait preuve d’empathie. La consultation était axée sur les pensées et les inquiétudes de Tiffany ainsi que sur le rapport entre la neuroscience et ses sentiments. L’un des plus grands bienfaits de la consultation, a-t-elle dit, a été l’approbation qu’elle a reçue. Les explications du psychiatre ont fourni à Tiffany les réponses dont elle avait besoin et l’ont rassurée que ses symptômes étaient causés par un problème médical.

Après avoir reçu le diagnostic de trouble d’hyperphagie boulimique, Tiffany a beaucoup réfléchi sur elle-même. Elle voulait comprendre comment elle se sentait par rapport à ce diagnostic et pourquoi elle se sentait ainsi. Le fait de coucher ses sentiments sur papier l’a aidée à mettre les choses en perspective.

Ensuite, Tiffany a posé un geste vraiment difficile : elle a dit aux autres qu’elle souffrait du trouble d’hyperphagie boulimique. Les premières personnes à l’apprendre ont été ses parents, qui se sont montrés très rassurants et compréhensifs. Quand elle en a parlé à son copain, elle a été surprise de son intérêt sincère envers le trouble d’hyperphagie boulimique. Malgré une certaine difficulté à comprendre au début, il a fait de son mieux en posant des questions pour mieux saisir la situation et ce, sans juger. Tiffany a trouvé cette attitude très aidante pour les deux. Non seulement cela a-t-il consolidé leur relation, mais aussi le copain de Tiffany a acquis une meilleure compréhension de la santé mentale.

Maintenant, Tiffany parle ouvertement de son trouble de santé et s’est confiée à ses amies. Elle a même parlé de son vécu à ses camarades de classe de la faculté de médecine lors des discussions sur la santé mentale et les troubles de l’alimentation.

*Tiffany, dont le nom a été changé pour protéger sa vie privée, est une Canadienne au début de la vingtaine qui poursuit actuellement des études de médecine. Elle espère que, une fois médecin, elle pourra faire de la sensibilisation, en plus d’aider de nombreuses autres personnes à surmonter leurs problèmes de santé générale et mentale, y compris le trouble d’hyperphagie boulimique.